• Avez-vous déjà entendu parler de l’île aux sirènes ?

    Personnellement, j’en ai souvent entendu parler de par mon grand-père. Il me racontait souvent dans mon enfance « Mon petit Cédric, je vais te conter la légende des sirènes », c’est alors qu’il me parlait de cette île mystérieuse où vivaient des sirènes magnifiques. Peu de gens parvenaient à trouver cette île, mais mon grand-père m’expliqua en détail à quoi elle ressemblait d’après la légende.
    C’était une petite île qui ressemblerait à tant d’autres. Une montagne en son centre, une forêt magnifique l’entourant et une mer d’un bleu tel qu’on se croira au paradis. Dans l’île existerait un immense lac ayant un débouché secret sur la mer. C’est là que se trouverait le repère des sirènes. Il serait protégé par un gardien que personne ne connaissait. La seule chose qu’on savait sûre lui, c’était qu’il était redoutable et que lorsqu’on l’aurait vaincu, la récompense serait de pouvoir apercevoir ses créatures fabuleuses. Toutefois, personne n’a jamais confirmé la véracité de cette fable. Malgré tout, étant enfant, je rêvais qu’elle soit vraie. Après chacun de ses récits, même si cette histoire était à chaque fois la même, je regardais mon grand-père avec mes petits yeux sombres et un large sourire. C’est alors qu’il me rendait mon sourire en caressant mes cheveux noirs avec tendresse.

    Les années ont passé et je suis à présent un jeune homme plein d’avenir. Finis, les rêves de jeunes et jolies sirènes, tout cela appartenait au passé.
    Tout juste sorti du lycée, je me suis rendu avec quatre de mes meilleurs amis vers l’une de ses îles paradisiaques que l’on voit sur les photos dans les Caraïbes. Il y avait Caïd, un grand brun, d’origine africaine. C’était souvent celui qui se plaignait le plus parmi nous. Jakson était aussi venu pour le voyage. Coureur de jupons, il voulait surtout voir des filles exotiques. Et enfin le meilleur du groupe, William, le plus beau garçon parmi nous d’après les dires des femmes. On était tous vraiment heureux de faire ce voyage. On se disait que c’était un bon moyen de faire une pause d’avant d’attaquer le plus dur de notre scolarité, l’université. On était tous bien sûr ce luxueux bateau, à dorer notre peau au soleil. Tout se passait pour le mieux. Une fois arrivée, sur l’île où nous dormions, la dame de l’accueil nous a donné quelques consignes pour vivre confortablement sur l’île, ainsi que les lieux à éviter en raison de la présence de certaines espèces de requins qui pourraient, « ne sait-on jamais », disait-elle, nager à proximité. Cela amusait Jakson et Caïd de savoir qu’il y avait de pareilles créatures dans la région. Le premier jour, nous avons visité les environs. Nous avons parcouru un peu la superficie des lieux afin de mieux voir toutes les possibilités qui s’offraient à nous. Lors de notre ascension de la montagne, nous avions vu une magnifique île jumelle non loin de là. Elle nous intriguait tous par sa beauté. Une fois redescendus en ville, nous, nous sommes précipités vers le centre de tourisme de l’île afin de savoir s’il y avait la possibilité de visiter l’île que nous avions vue.
    - Je suis désolé jeunes gens, mais cet endroit est interdit aux touristes ! C’est une zone de protection naturelle. Elle peut être dangereuse pour ceux qui s’y aventurent. Nous ne pouvons donc pas vous proposer d’y aller. Toutefois, nous avons d’autres programmes si vous voulez les voir ?
    Nous étions tous bien entendu déçus de ne pas pouvoir mettre les pieds là-bas. Nous acceptions donc de voir les différents projets que nous proposait le centre. Il y avait divers choix. William voulait plutôt faire quelque chose de sportif, nous avons donc opté pour une plongée sous-marine accompagnée dans les récifs.
    Le lendemain, nous sommes allés au centre nautique qui était sur la brochure et nous sommes partis en mer. À l’aller, nous sommes passés à proximité de cette île mystérieuse. Elle n’était visiblement pas très loin de là où nous étions. Une fois arrivés à notre lieu de plongée, nous avons visité les récifs du coin. Notre guide nous faisait fréquemment monter à la surface afin de nous expliquer ce que nous avions vu ou ce que nous allions voir. J’avais jugé cette balade très intéressante et très instructive. Il en était de même pour Caïd, mais William préférait surtout le côté sport de la chose, plutôt que de devoir écouter continuellement les paroles de notre guide. Quant à Jakson, il aurait préféré que ce soit la jeune femme qui était sur le bateau avec nous qui nous fasse le parcours. Tout juste avant de partir, une fois sur le bateau, un petit couple de requins est passé juste en dessous. L’eau était tellement claire que l’on avait pu les apercevoir. Tout le monde était excité par cette brève rencontre. Le guide, lui, était plutôt content qu’on ne les ait pas croisés alors qu’on était dans l’eau. Lors de notre retour, nous avons à nouveau vu l’île qui nous intriguait de plus en plus.
    La tentation était devenue si forte que le lendemain, nous avons loué un bateau afin de nous y rendre. Personnellement, j’étais assez hésitant sur le fait d’y mettre les pieds alors que c’était interdit, mais j’avais tout de même pris mes précautions au cas où. J’avais mis dans mon sac un gros couteau de chasse de mon père pour le cas où nous tomberions sur un animal agressif.

    Une fois arrivés sur l’île, nous étions tous subjugués par sa beauté. Cela n’avait rien à voir avec ce que nous avions sur l’autre île. On pouvait clairement voir que les Hommes n’avaient quasiment jamais souillé cette terre. Nous avons marché un moment dans la forêt dense sans rencontrer de problème. Nous avons mangé tranquillement sous un immense arbre. Cette forêt semblait paisible, toutefois, nous gardions à l’œil sur chaque mouvement suspect au cas où un animal surgirait. Le fait que nous soyons quatre nous donnait du courage pour continuer notre exploration sur ces terres. Après plusieurs heures de marche, nous avons enfin aperçu le centre de l’île. Un magnifique lac bleu ciel était visible devant nous. L’eau était si belle et si claire qu’on se serait cru au paradis. Une immense barrière rocheuse la séparait de l’océan. L’eau devait probablement être douce elle aussi pour ne pas avoir de contact avec l’eau salée. Caïd, voulant se montrer intéressante, s’est dirigée vers le lac afin de goûter cette eau. Il l’a recraché aussitôt nous affirmant qu’elle était aussi salée que la mer. Cela a déçu mes deux autres amis, mais cela ne les a pas privés de l’envie de nager dans ces eaux. Mon instinct me disait de ne pas y aller. Ce n’est qu’une fois qu’ils eurent mis tous les trois les pieds dans l’eau que je me suis souvenu de l’histoire de mon grand-père. Je me suis souvenu de cette histoire de sirène et de gardien. J’ai tenté de leur dire de sortir de l’eau immédiatement, mais c’était trop tard. Caïd fut le premier à être rapidement aspiré au fond de l’eau sans même que l’on ne sache comment. Les deux garçons qui étaient dans l’eau nageaient à présent dans une mare de sang. Ils étaient pris de panique et ont voulu sortir quand Jakson s’est fait aspirer dans le bas-fond à son tour. Je ne sais pas ce qui m’avait pris à ce moment, mais j’ai rapidement saisi le couteau qui se trouvait dans mon sac et plongé dans le liquide salé afin de secourir mon dernier ami, qui se trouvait à la merci de la créature invisible. Lorsque j’étais proche de William, je l’ai entendu hurler, j’ai frappé un grand coup sur l’endroit où la créature se trouvait. Je n’ai pas pu voir à quoi ; elle ressemblait, mais elle était rapide. Mon ami s’est agrippé à moi fortement.
    - Cédric, j’ai mal. Vite, sortons d’ici !
    Il n’arrivait plus à nager, sa jambe était broyée. Je devais absolument le faire sortir de l’eau. J’ai avancé avec prudence, mais je me suis fait aspirer. J’ai frappé plusieurs fois avec le couteau sur l’hideuse créature marine qui se présentait devant moi. Elle était étrange. Une partie de son corps était semblable à celui d’un requin, de la tête jusqu’à visiblement le niveau du ventre, puis le reste était celui d’une pieuvre, lui permettant d’agripper ses victimes avec facilité. Lorsque je suis remonté à la surface, William n’était plus là. J’étais seul. J’ai continué de nager, mais j’ai eu soudain une crampe au pied et je me noyais. Ce n’est qu’une fois que j’ai atteint le fond que je les ai vus.
    Elles étaient belles et majestueuses. Leur tête était petite avec des yeux de poissons. L’une des sirènes s’approcha de moi. J’ai compris que j’avais vaincu la créature et de ce fait gagné ma récompense. Je les ai contemplés pendant plusieurs minutes. Leur peau était lisse et leurs couleurs variaient suivant la sirène qui se présentait devant moi. L’une avait la peau d’un vert foncé, une autre d’un gris pâle, ou encore un bleu scintillant. Toutes avaient un visage rond avec un signe bizarre sur la tête. Leur queue était comme transparente dans les flots tout comme la sorte de voile qui recouvrait leur poitrine. Lorsque je regardais leur bas-ventre, il y avait un semblant d’humain sur le fait qu’une sorte de fente se trouvait là où deux jambes devaient apparaître pour au final laisser place à leur queue. Certaines avaient des couronnes sur la tête, elles semblaient encore plus belles que les autres. J’ai regardé un moment sur ma droite et vu le mystérieux passage secret dont me parlait mon grand-père. Par moment, j’avais l’impression d’entendre leurs voix dans ma tête, comme une résonance, en prononçant mon nom qu’elles avaient probablement entendu lorsque William m’avait parlé avant de disparaître.
    J’ai continué à les contempler pendant que de l’eau s’infiltrait dans mes poumons, me noyant. J’allais mourir en regardant ces créatures me dévisager, ne sachant que faire de moi. Alors que je sentais la fin, j’ai tenté de toucher l’une d’elles, afin de sentir sa peau visqueuse et lisse comme celle d’un dauphin. Elle a pris ma main dans les siennes, qui étaient en fait trois griffes accompagnées de palmes transparentes, comme sa queue. Je suis mort, le sourire aux lèvres, d’avoir pu enfin voir les sirènes de l’île mystérieuse que je rêvais de voir dans mon enfance.


    Finalement, ce voyage fut plein de surprises, car j’ai pu réaliser un vieux rêve, même si ce fut le dernier !


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  • Elle était devant la porte de sa nouvelle demeure. Personne ne l’attendait. Apparemment, elle était la première à revenir sur ces lieux depuis des années. L’horloge sonna huit heures. Elle avait la journée devant elle pour faire le plus gros du nettoyage. La jeune femme décida de commencer par la première pièce qui se présentait. C’était le salon. Elle retira les draps des meubles, dépoussiéra, balaya, puis elle partit chercher des produits pour laver le sol. À son retour, les draps étaient à nouveau sur les meubles, la poussière et la crasse recouvraient tout, comme si elle n’avait rien fait durant ces quelques heures. Soudain, des bougies s’allumèrent dans la pénombre du salon. Son sang se glaça. Prise de panique, elle quitta la pièce pour se réfugier dans une chambre qui se trouvait au même étage. Elle resta cachée pendant une bonne demi-heure avant de rassembler suffisamment de courage pour retourner dans le salon. Tout était resté comme quand elle était partie. Les bougies allumées reflétaient son ombre sur les murs. Elle les éteignit. Ce qui s’était passé n’était peut-être rien. Probablement son imagination.

    Elle commençait à avoir faim. Quand elle passa dans le couloir en direction de la cuisine, l’une des lampes accrochées sur le mur droit clignotait. Soudain, le verre de la lampe explosa. La jeune femme sursauta et son cœur s’arrêta quelques secondes. Elle examina la lampe pour comprendre ce qui s’était passé et vit que l’ampoule n’avait rien, pas le moindre éclat. Elle avait du mal à manger après tous ces événements étranges. Quand elle eut terminé, elle continua son nettoyage dans le manoir. Le phénomène qui s’était produit dans le salon se répéta dans toute la demeure. Plus elle s’acharnait, plus elle s’épuisait. Il était dix-huit heures quand elle décida qu’elle n’en pouvait plus. Tous ses muscles étaient endoloris. Soudain, un pied traversa le mur. Sur le moment, elle mit cette vision sur le compte de la fatigue. Peu de temps après, une femme traversa le mur, et se dirigea vers le mur d’en face. La jeune femme n’en croyait pas ses yeux. Elle partit d’un pas décidé vers la salle de bain et se rafraîchit le visage. L’eau froide lui fit le plus grand bien. Se laissant glisser sur le sol, elle s’assoupit. Quand elle se réveilla, elle avait froid, son corps était glacé, une sensation nouvelle parcourait ses veines, une autre énergie. Elle constata que plusieurs personnes l’observaient. Se redressant avec l’intention de les chasser de chez elle, la jeune femme hoqueta quand elle vit qu’ils étaient pâles et transparents. Elle ne comprenait plus rien. Prise de panique, elle hurla et courut dans tout le manoir. Lorsqu’elle arriva dans le hall, elle chercha à sortir, mais rien n’y fit. Les aiguilles de l’horloge devenue folle tournaient rapidement. Tout se mélangeait dans sa tête. Petit à petit, tous l’entouraient. Elle eut beau se débattre, ils ne reculaient pas. Bientôt, elle serait contre le mur. L’un d’eux la poussa, elle traversa les briques rouges et comprises enfin.
    Elle était morte.


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  • Nous venions tout juste d’emménager dans cette nouvelle ville. Mes parents ne supportaient plus de vivre dans notre ancienne maison depuis le décès de mon frère aîné. Mon père n’avait pas eu trop de difficultés à se faire muter dans un autre commissariat. Il était policier depuis la fin de ses études, il disait continuellement que c’était un métier honorable et qu’il était fier de l’exercer. Enfin, il racontait ça avant. Mon frère s’est tué il y a trois mois avec l’arme de service de mon père après avoir fumé un joint ; ce fut, je crois, un gros choc pour la famille. Mes parents voulurent changer de maison afin de recommencer leur vie. Il avait beaucoup trop de souvenirs dans notre ancienne demeure.

    Nous avons donc déménagé dans une grande et luxueuse maison proche d’une forêt. Dès mon arrivée sur ces terres, j’avais ressenti quelque chose de bizarre dans cette forêt. Il y avait comme une présence que je n’arrivais pas à définir. Ma chambre avait vu sur cette forêt qui m’intriguait.
    La première semaine passa et je ressentais de plus en plus cette énergie mystérieuse. Toutefois, lorsque je m’approchais trop des arbres, j’avais la peur au ventre, comme si quelque chose au fond de moi me disait de ne pas m’aventurer plus loin.
    Mes parents avaient la sensation de vivre mieux dans cette nouvelle maison. Ils disaient qu’ils avaient enfin retrouvé le calme et la paix. J’avais davantage l’impression qu’ils essayaient d’oublier mon frère afin de continuer à vivre comme avant. Je ne pouvais pas les blâmer, moi-même, j’avais du mal à assumer sa disparition brutale.

    Un soir, ma mère rentra dans ma chambre sans prévenir. J’étais à la fenêtre en train d’observer cette forêt qui m’intriguait tout en fumant ; lorsque ma mère vit la cigarette, elle jugea mon attitude indécente et me disputa. Sans comprendre pourquoi, je quittai la maison et parti en courant dans la forêt ! Il faisait noir et je ne voyais pas grand-chose, et j’étais très en colère contre ma mère. Je comprenais qu’elle aies peur que je commette la même erreur que mon frère, mais j’avais du mal à accepter qu’elle me traite de cette façon pour une simple cigarette.
    Je m’étais enfoncé dans la forêt sans même réfléchir. Au bout de plusieurs minutes de marche, je m’assis contre un arbre afin d’évacuer toute ma fureur. Une fois ma colère dissipée, je regardai pour la première fois où je me trouvais. La partie de cette forêt semblait bizarre. Les arbres étaient touffus et la nuit recouvrait tout de son voile noir. Je me levai et c’est là que je réalisai dans quelle situation je m’étais mis tout seul. J’étais perdu ! Après la colère venait le désarroi. À cause de mon manque de sang-froid, j’avais réussi à me mettre dans une situation inquiétante. J’essayai du mieux que je pus de ne pas céder à la panique. Mes parents se rendraient bientôt compte que je ne revenais pas et enverraient des gens à ma recherche. Je m’accrochais à cette idée et, afin de leur faciliter la tâche, je restai là où j’étais. Je demeurai sans bouger quelques heures avant de commencer à avoir très froid. Je me levais de temps en temps pour marcher en espérant me réchauffer, sans grand résultat. Lorsque je m’assis de nouveau, le froid m’engourdit. J’avais beau lutter contre le sommeil, il me gagna peu à peu. Je fis alors un rêve étrange. Une meute de loups s’approchait de moi pour me dévorer. J’étais, après tout, seul dans une forêt, la nuit. Je ne bougeais pas, comme paralysé, quand soudain, une étrange créature venait me sauver. Elle était un peu plus grande que moi. Sa peau était écailleuse et brun foncé. Deux paires d’ailes étaient attachées à son corps, l’une sur son dos et l’autre sur ses sortes de bras. La créature avait également deux jambes qui lui permettaient de se poser au sol. Les loups s’étaient reculés devant elle. Ils hésitaient à passer à l’attaque. Soudain, l’un d’eux se décida et sauta sur l’être ailé. Une lutte sans merci se déroula devant moi. Une fois le combat terminé, la créature me regarda. J’avais compris qu’il s’agissait d’un dragon. J’avais peur qu’il décide de me dévorer, mais au lieu de ça, il s’allongea à côté de moi et s’endormit. Lorsque mon rêve se termina, je sentis dans mon sommeil comme une douce chaleur à mes côtés qui me réconforta. C’était comme si ce rêve m’avait réchauffé et rassuré.

    Au petit matin, lorsque le soleil se leva, je me réveillai en douceur. J’avais finalement réussi à passer une bonne nuit, contrairement à ce que je pensais. Tandis que je me levais, je remarquai au sol des traces de sang et de lutte. Une trace plus large se dessinait à mes côtés. Le sol s’était affaissé sur une bonne distance, comme si un immense animal s’était couché là. C’est alors que je repensai à mon rêve. Je me dis que ça n’avait pas pu réellement se produire, car les dragons n’existent pas. Ces créatures ne sont ni plus ni moins que le résultat de notre imagination. Je restai, assis, encore un long moment avant de commencer à avoir faim. Mon ventre gargouillait hardiment. Je me levai donc et marchai dans l’espoir de trouver des fruits ou autres baies qui pourraient me nourrir un peu. Après deux bonnes heures de recherche, j’ entendis le crépitement d’un feu. Je sentis naître en moi l’espoir de trouver enfin quelqu’un. Je cherchai en courant d’où venait ce bruit. Une fois que j’eus repéré le foyer, il n’y avait personne. Le feu brûlait seul, sans personne pour veiller dessus. J’étais déçu par ce faux espoir. Je le fixai un instant quand je sentis derrière moi quelque chose d’imposant, comme la présence d’une grande créature qui me soufflait son haleine chaude dans la nuque. Je me retournai et c’est alors que je le vis. Le dragon de mon rêve. Effrayé, je reculai et tombai sur le sol. L’animal ouvrit alors sa gueule et laissa tomber un lapin en charpie devant moi. Avec sa tête, il poussa le cadavre dans ma direction. Visiblement, il avait chassé ce gibier pour que je puisse me nourrir. Je regardai le feu un moment puis je lui parlai gentiment.
    - Dis, c’est toi qui as fait ce feu ?
    Bien entendu, il ne répondit pas. Il s’assit non loin du feu et me regarda. Ses yeux étaient d’un bleu ciel magnifique. Ils me faisaient penser à ceux de mon défunt frère. Je mis le lapin de côté et je m’avançai vers la créature. J’approchai ma main délicatement, ne sachant pas comment il pouvait réagir, puis le caressa. Il se laissa faire sans rien dire. Sa peau était visqueuse comme celle des poissons et ses grandes écailles semblaient former une carapace impénétrable. Le toucher me procurait un grand plaisir. Je posai ma tête contre la sienne afin de sentir sa respiration lente et puissante. Je lui parlai à nouveau. J’avais la sensation qu’il comprenait lorsque je m’adressais à lui.
    - Dis-moi dragon, je me suis perdu dans cette forêt, pourrais-tu m’indiquer le chemin du retour ? Je t’en serais reconnaissant !
    L’animal se leva puis se courba. Il attendit un moment jusqu’à ce que je comprenne que je devais monter sur son dos. J’eus du mal à grimper tant sa peau était lisse ; je risquai de glisser à tout moment. Une fois assis, je vis comme deux trous dans la jonction des ailes. J’y glissai mes mains afin de m’agripper. Cela ne semblait pas lui faire mal vu qu’il ne réagit pas et ne laissa paraître aucun signe de douleur. Il s’accroupit un moment puis se propulsa haut dans le ciel. En seulement quelques secondes, nous nous retrouvâmes hauts dans le ciel, les arbres. Sa manière, de voler était assez particulier du fait de ses quatre ailes. Pendant que les deux qui étaient sur ses bras montaient, les deux du dos descendaient, et vice-versa. On avançait à grande vitesse. J’avais l’impression d’être monté sur une nouvelle attraction à sensation tellement, on allait vite. Parfois, il montait très haut pour l’instant suivant, redescendre en piqué. Ce petit voyage sur son dos m’amusait énormément. Soudain, il resta un moment sur place puis plongea vers la forêt. J’étais pris de panique, ne comprenant pas ce qui se passait. Une fois qu’il eut posé ses pattes arrière sur le sol, j’entendis des gens m’appeler. Je compris que la créature avait entendu ces appels depuis le ciel. J’étais impressionné par son ouïe aussi développée. Il me laissa descendre puis, avec sa gueule, me fit signe de partir retrouver les miens. Je remerciai l’animal puis courus un moment avant de tomber nez à nez avec mes parents qui étaient visiblement plus qu’inquiets. Tandis que je serrai ma mère dans mes bras, je regardai le ciel et vis une dernière fois celui qui m’avait aidé à passer la nuit dans cette forêt.


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  • Je suis John Norman et je suis ici parce que j’ai la sensation que ces derniers temps, plus personne ne fait attention à moi. Je veux dire par là que tout le monde m’ignore. Il est vrai que même par le passé, les gens qui m’entouraient ne prêtaient pas vraiment attention à ce que je faisais. Enfin… Quand je parlais, on m’écoutait quand même un peu.

    Depuis que j’ai eu mon accident de voiture, plus personne ne m’écoute. En fait, plus personne ne me parle même. C’est comme si cet accident avait fait en sorte que je n’existe plus pour le monde. Le concierge si gentil, qui me disait bonjour tous les matins, ne me regarde même plus. Pendant un temps, j’ai cru que c’était probablement moi.

    Maintenant que j’y pense, personne n’est venu à l’hôpital me voir. Si, à bien y réfléchir, ma mère est venue une fois, mais elle est sortie en pleurant. Je ne sais pas si vous arrivez à me suivre, il est vrai que je mélange un peu les évènements. J’en étais où ? Ah oui ! Donc, ma mère est venue à l’hôpital, mais sans même venir me voir, je l’ai vue directement quitter les lieux, le visage couvert de larmes. Je ne me trouvais pas si amoché que cela… Même si l’accident avait pu me coûter la vie, je trouvais que je m’en étais bien sorti. C’est après ma sortie de l’hôpital que j’ai constaté l’attitude indifférente des gens qui me côtoyaient.

    Vous avez réussi à plus ou moins saisir ce que je vous ai raconté ? Je sais que je m’y suis peut-être un peu mal pris ! Si vous voulez, je peux toujours recommencer !
    Pas un mot du psychologue. Soudain une femme entre. C’est la secrétaire.
    - Madame Norman est là ? Elle ne s’est toujours pas remise de la mort de son fils.


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  • Aussi, loin, que je me souvienne, j’ai toujours vécu seul dans ma petite maison en campagne. Je n’ai eu, pendant des années, comme seule compagnie, que les animaux de la forêt avoisinante. Je ne me suis nourri pendant des années que grâce à la chasse, et aux animaux que je trouvais près de ma demeure.

    Je recevais peu de visites de l’extérieur. Lorsqu’une personne de la ville venait me voir, cela se terminait toujours de la même façon. C’est tragique, mais je crains de devoir vivre seul à jamais.

    Un jour, quelqu’un est venu chez moi. C’était un jeune homme, bien habillé avec un costume noir, un homme qui venait de la ville. Lorsqu’il me vit, il parut effrayé, comme tous les autres. Je n’ai jamais compris pourquoi ils semblaient tous si terrorisés en me regardant. Suis-je si hideux que ça ? Je l’ignorais, je n’avais pas de miroir chez moi.

    Sa peau était douce et lisse, je n’arrêtais pas de fixer son magnifique visage pendant qu’il me parlait de je ne sais quelle maison que je pourrais acheter en ville. Il s’arrêta plusieurs fois en me fixant. Il commençait à transpirer de peur, cela m’excitait de plus en plus. Je ne comprenais pas d’où venait cette fébrilité, mais chaque fois qu’une personne de la ville me rendait visite, j’entrais dans cet état de transe. Je me sentais tellement bien, et ce jeune homme était tellement beau… Je m’approchai délicatement de lui et lui caressai le visage avec douceur. Le jeune homme prit peur et commença à se débattre, jusqu’à parvenir à s’enfuir de la maison. Je le rattrapai avant qu’il n’arrive à sa voiture. Je serrai mon corps contre le sien, prêt à le prendre de force s’il le fallait. Je respirai délicatement son cou tentant. J’avais envie de lui, de son sang si chaud. Je le poussai contre la terre et jouai un moment avec lui en caressant son corps si doux. Je ne pus résister très longtemps à la tentation et le mordis. Je le vidai de son sang, comme tous les autres, puis j’enterrai le corps dans la grande fosse se trouvant derrière chez moi. Cela fait des siècles que je vis de cette façon, car je suis un être des ténèbres..


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